Bruno Gilles, maire de Marseille en 2019, et Martine Vassal à la métropole ?

par Julia, Directrice de la publication de Made in Marseille, à lire en ligne sur madeinmarseille.net


Selon nos confrères de LaProvence, Jean-Claude Gaudin, maire (Les Républicains) de Marseille depuis près de 22 ans aurait désigné ses successeurs en 2019, pour diriger la droite locale afin de prendre la tête de la mairie de Marseille et de la métropole Aix Marseille Provence et ses 92 communes.

Martine Vassal (LR), présidente du Conseil départemental des Bouches du Rhône et 1ère vice présidente de la métropole Aix Marseille Provence, est largement pressentie à la candidature pour présider cette même métropole. Une info que nous avions amorcée au printemps dernier, lors d’un long entretien avec la présidente du département, à relire ici  Entretien exclusif – Martine Vassal, candidate à la tête de la métropole en 2020

Pour la ville de Marseille, alors qu’Yves Moraine, maire (LR) des 6e et 8e arrondissements et président de la majorité municipale, nous avait révélé être maire de Marseille, c’est un rêve à l’occasion d’un entretien réalisé dans son bureau en mai dernier, le choix de Jean-Claude Gaudin se pencherait plutôt vers l’un de ses autres fidèles collaborateurs, Bruno Gilles, maire des 4e et 5e et patron de la fédération Les Républicains des Bouches-du-Rhône, toujours selon le quotidien marseillais.

Sur sa page Facebook, Bruno Gilles a rapidement réagi à l’annonce, en expliquant qu’il ne se déroberait pas, même s’il n’a pas été nommé officiellement par le maire en exercice.

Comment se passe une succession quand le maire jette l’éponge ?

Quand un maire décide de démissionner, à cause de son âge ou de toute autre raison personnelle, ce n’est pas aux habitants de voter à nouveau pour élire les maires de secteurs (qui restent en poste jusqu’à la fin de leur mandat), mais à l’ensemble des élus du conseil municipal de la ville d’élire un nouveau maire, jusqu’à la fin du mandat en cours, ici jusqu’en 2020 pour les municipales. Comme l’indique LaProvence dans son papier, cette succession “interviendrait vraisemblablement un peu plus d’un an avant les échéances municipales de mars 2020“, soit début 2019.

En tout état de cause, dans le cas de Marseille, la droite possédant une majorité dans l’hémicycle, le choix de Bruno Gilles pourrait se confirmer dans les urnes.

La même situation a eu lieu récemment pour Renaud Muselier (LR), qui a succédé à Christian Estrosi à la tête de la région Provence Alpes Côte d’Azur, lui même parti récupérer son siège de maire à Nice.

La réaction de l’opposition municipale

Benoît Payan, Président du groupe socialiste au conseil municipal a réagi à cette annonceC’est avec beaucoup d’étonnement, et un peu d’amusement, que j’ai pris connaissance des révélations de La Provence de ce matin sur la succession putative et anticipée du Maire de Marseille. Quelle indécence pour une “équipe” aux manettes depuis 22 ans que de se complaire ainsi dans les calculs d’apothicaire quand on connait l’état de la Ville. La droite qui dispose de tous les pouvoirs, tous les budgets, toutes les compétences, ferait mieux de commencer par s’en servir. Qu’ils s’occupent des Marseillais, avant de s’occuper d’eux-mêmes. Qu’ils préparent l’avenir de la ville, avant de penser au leur. Qu’ils s’occupent de leurs mandats actuels, avant de penser aux suivants. Marseille mérite mieux que des plans de carrière. Emploi, propreté, écoles, environnement, transports, culture… s’ils veulent s’engager pour Marseille, il existe des dizaines de compétences et de dossiers en souffrance sur lesquels ils pourraient chaque jour exercer leur impatience. Dans le silence du Maire, les langues se délient pour se répartir les postes, à l’insu des Marseillais et, semble-t-il, du principal intéressé. Soit la peau de l’ours est vendue bien avant de l’avoir tué, soit les promesses rendent les enfants heureux. A mi-mandat, l’heure n’est pas à la succession mais au travail. Marseille ne doit pas être la capitale européenne de la tambouille, et en matière de démocratie, seuls les Marseillais doivent avoir le dernier mot.

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« Mais pourquoi est-il à Marseille ? » : quand les médias délirent sur les vacances de Macron

par Étienne Girard , pour Marianne, à lire sur marianne.net


Si les travaux d’Hercule avaient été au nombre de treize, le dernier l’aurait sans doute obligé à devenir journaliste politique pour tenter de rédiger un article percutant en plein mois d’août… Visez la gageure : le Parlement a achevé sa session extraordinaire mercredi dernier, tandis que l’action gouvernementale connaît sa trêve annuelle. Comme beaucoup de Français, les ministres s’octroient un peu de repos, à la plage ou ailleurs. C’est à peine croyable mais il semblerait que les antichambres du pouvoir aient tout à coup cessé d’élaborer des coups de billard à douze bandes ! En somme… il ne se passe plus grand-chose. A tel point qu’il faudrait presque se résoudre à vivre pendant quelques jours sans ces analyses politico-stratégiques serrées qui font le sel des médias français. Presque, car les journalistes en mal d’actualité disposent à cette période de l’année d’une carte-joker miraculeuse, d’un atout-maître qu’ils ne se privent jamais d’utiliser : les vacances du président de la République.

Si vous faites partie de la poignée de Français restée en marge de la révélation, sachez donc que les Macron se reposent à Marseille, et non en Italie ou en Grèce comme des confrères étrangers ont imprudemment osé l’avancer. Cette information qui ne mange pas de pain a été dévoilée par le JDD, ce dimanche 13 août. L’article très documenté de l’hebdomadaire dominical nous permet d’apprendre qu’Emmanuel et Brigitte se ressourcent dans la résidence avec piscine du préfet des Bouches-du-Rhône, située sur les hauteurs – chics – du chef-lieu départemental. Le fanatique du fondateur d’En Marche ou le maniaque des détails people aura même pu noter les grandes lignes de l’agenda présidentiel : comme de nombreux Français, le couple présidentiel se balade et va au musée. Soit.

Municipales + ENA + Hollande…

Fin du carnet de voyage roya… euh, présidentiel ? Pas vraiment. Ce lundi 14 août, le sujet rebondit dans de nombreux titres, qui se sont donné pour mission de nous éclairer sur les raisons qui ont poussé le couple Macron à prendre la direction de la cité phocéenne. Eh oui, « pourquoi Marseille », tiens donc ?!

A lire ces analyses, le Président aurait joint l’utile à l’agréable en choisissant une destination qui peut lui rapporter politiquement… La thèse n’est pas totalement extravagante, même si la réflexion d’un président de la République allant en vacances part plutôt de la question inverse : il s’agit avant tout d’éviter les endroits politiquement nuisibles. Depuis Nicolas Sarkozy et sa virée sur un yacht estampillé Bolloré à Malte, en 2007, on sait par exemple que les Français jugent sévèrement les vacances trop bling-bling. Et cinq ans plus tard, François Hollande, avec sa virée en TGV valise à la main pour des vacances Bidochon sur la plage, a montré que le trop simple ne paie guère plus.

Cela étant, faut-il vraiment appliquer une grille de lecture politique au moindre battement de cil d’Emmanuel Macron ? Certains médias en sont persuadés et voient en lui une sorte de cyborg au cynisme sans limites, qui part en vacances avec son épouse en ayant parfaitement imaginé TOUTES les implications politiques de son déplacement d’une dizaine de jours. OM + municipales + ENA + Hollande : à lire les articles du jour, telle serait en effet l’équation qui a guidé le choix du chef de l’Etat…

Jogging en maillot de l’OM

Pour Le Parisien, qui consacre une demi-page à ce sujet brûlant, le Président aurait d’abord choisi Marseille parce qu’il aime son club de football, l’OM. Il profiterait donc de ce voyage pour rappeler qu’un cœur de supporter bat en lui, ce qui fait toujours son petit effet auprès de ceux qui partagent cette passion. Preuve en est, Emmanuel Macron a été vu vendredi dernier effectuant un jogging le long du Prado avec le maillot olympien sur les épaules. Un fan de l’OM qui aime Marseille, jusque-là, pas de quoi se faire des nœuds dans la tête.

Mais au-delà de ce clin d’œil, le quotidien se demande si le chef de l’Etat ne chercherait pas, à travers le choix de cette ville réputée populaire, à faire oublier son statut d’énarque, habitué des cercles parisiens. Tarabiscoté, le raisonnement ? Pas forcément étonnant, puisqu’il est poussé par… Bernard Tapie. Pour l’homme d’affaires, il s’agit là d’un « bon coup politique » car Marseille « n’est pas une ville bling-bling, c’est l’anti-Nice« . L’ex-député PS Patrick Mennucci abonde à son tour, relevant : « C’est plus malin que d’aller au bord d’un lac américain pour milliardaires, comme l’avait fait Sarkozy« .

Europe1.fr fait la même analyse que l’ex-candidat à la mairie de Marseille, en y ajoutant une pincée d’anti-hollandisme. Si Emmanuel Macron n’a pas choisi le Fort de Brégançon, pourtant situé dans la même région Paca, c’est pour se démarquer de son prédécesseur, François Hollande. Ces assertions, difficilement contestables, n’expliquent toutefois pas pourquoi Emmanuel Macron a choisi précisément Marseille, et pas une autre ville populaire où il fait beau.

Message à Mélenchon

Le Parisien a encore une piste dans son sac, relayée par plusieurs médias, que voici : si l’actuel Président bulle en polo Lacoste sur la Canebière, ce pourrait être tout simplement… pour préparer les municipales de 2020 ! Pas pour sa propre candidature bien sûr, mais pour celle de son parti. Le sociologue macroniste Jean Viard agite l’hypothèse, lisant même dans ces vacances un message envoyé à Jean-Luc Mélenchon : « Ne soyons pas naïfs. Jean-Luc Mélenchon veut prendre Marseille, Jean-Claude Gaudin ne se représente pas, donc la question de l’avenir politique de la ville est en jeu« . Alors là, on est dans la haute vision présidentielle : quel stratège que ce Manu, derrière son simple maillot de l’OM ! Un peu glaçant, tout de même, surtout pour Brigitte si la naïve pensait passer un moment avec son époux loin de la politique et sans arrière-pensée.

Finalement, aucun de ces fins analystes n’a osé avancer cette audacieuse raison, qu’on vous livre ici tout de go :

Parce que Marseille, c’est cool et qu’il y fait beau !

Manifestement, ce serait une explication trop bas de plafond pour ce Jupiter que d’aucuns, parmi nos confrères et consœurs, ont placé sur un piédestal. On leur conseillerait, à eux aussi, de profiter des vacances macroniennes pour aller se reposer un peu : l’année a été éprouvante…

[Portrait] Jean Cristofol, un maire visionnaire de Marseille

Article de Catherine Walgenwitz, pour La Marseillaise, à lire en ligne sur lamarseillaise.fr


Tout au long de l’été, « La Marseillaise » tire le portrait de personnalités engagées qui ont marqué leur époque. Jean Cristofol, ce petit paysan catalan, employé des douanes et militant syndical, sera le premier maire communiste de Marseille de 1946 à 1947.

« La nouvelle a frappé Marseille de douleur. Se répandant immédiatement dans les entreprises, les chantiers, les bureaux, les quartiers, elle y provoqua une immense émotion, la pure et profonde émotion que suscite la perte d’un être cher qui, la santé altérée par des années passées dans les geôles de Vichy, refusait néanmoins de se ménager car les travailleurs, les démocrates ont sans cesse besoin de l’ardent concours de tels hommes. »

Au lendemain de sa mort, le 21 novembre 1957, le quotidien La Marseillaise annonce la disparition, à l’âge de 56 ans, de Jean Cristofol. La foule se presse aux obsèques de celui qui fut le premier maire communiste de Marseille (décembre 1946 à octobre 1947). Les hommages affluent de toutes parts, car l’homme n’est pas seulement populaire, il a marqué la grande période de reconstruction de la cité phocéenne. Une ville ravagée, déchirée par la guerre et l’Occupation, aux finances exsangues, à la réputation sulfureuse. Une ville à la situation jugée désespérante.

En 1936, dans son rapport du VIIIe congrès du Parti communiste français (22-25 janvier 1936), Maurice Thorez oppose une autre vision de la cité phocéenne. « On nous dit Marseille c’est le Chicago français, le port entraîne l’existence de toute une pourriture qui gangrène jusqu’à la classe ouvrière. Nous n’étions pas du même avis. » Marseille est une ville dont le prolétariat a été constamment aux premiers rangs de la lutte anti-fasciste, une ville où on y manifeste par dizaines de milliers à différentes reprises. Où les dockers ont mené de grandes grèves victorieuses. 1936, c’est aussi l’année du Front populaire et de l’élection, le 26 avril, du député communiste Jean Cristofol. Mandat qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1957. Aux côtés de François Billoux, il participe à la campagne « Marseille propre » contre les gangsters, maîtres avec Sabiani de la mairie de Marseille, battu, il finira dans la Collaboration.

Déchu de son mandat et condamné le 3 avril 1940 par le tribunal militaire de Paris à 5 ans de prison, Jean Cristofol est incarcéré à la prison d’Alger. Libéré par les Alliés en 1943, il participe à la refonte du Parti communiste algérien et au journal Liberté. Le 15 août 1944, en compagnie de De Lattre de Tassigny, il débarque à Saint-Tropez. De retour à Marseille, en pleine insurrection de la ville, il prend la tête du Comité régional de libération et des journaux Rouge Midi, puis La Marseillaise.

Les débuts de la reconstruction de Marseille

Nommé conseiller municipal de Marseille en août 1944, il est élu à cette fonction lors des municipales de 1945, puis, en octobre de cette même année, après la démission de Gaston Defferre, il prend la présidence du conseil municipal.

Après la suppression du régime spécial de Marseille, de nouvelles élections municipales se déroulent en décembre 1946 à l’issue desquelles Jean Cristofol est élu maire de la ville, fonction qu’il occupe jusqu’aux élections d’octobre 1947, au bout de huit ans de tutelle administrative.

Pendant les deux ans relativement courts qu’il administre la ville, Jean Cristofol lance de grands chantiers de reconstruction, en faisant appel aux travailleurs bénévoles. Il rassemble toutes les forces pour faire renaître Marseille. Il donne les premiers coups de pioche des travaux de reconstruction du Vieux-Port. Débute avec sa municipalité les chantiers de Saint-Just et de l’Estaque-Riaux. Lance les premières lignes de trolleybus et autobus. Il fit accepter par la Ville le projet d’édification de la Cité radieuse par Le Corbusier.

Dans une conjoncture nationale et internationale difficile, aux élections municipales de 1947, la liste du RPF conduite par Michel Carlini devance celle conduite par Jean Cristofol d’1% (27,7%). L’élu communiste ne passera pas la barre du second tour et sera écarté de la mairie par le refus d’union de Gaston Defferre.

​Robert Vigouroux, le maire qui voulait « soigner Marseille comme on soigne une tumeur au cerveau »

Article de Robin Gabaston pour Marianne, à lire en ligne sur marianne.net


Robert Vigouroux, sénateur et maire de Marseille de 1986 à 1995, est décédé ce week-end du 9 juillet à l’âge de 94 ans. Michel Peraldi*, sociologue et co-auteur de Gouverner Marseille, enquête sur les mondes politiques marseillais revient pour Marianne sur le mandat de ce neurochirurgien reconnu, qui a succédé de manière surprenante à Gaston Defferre dont il était proche. Sa candidature dissidente aux municipales en 1989 lui coûtera sa carte au Parti socialiste. En 1995, Robert Vigoureoux sera dans l’impossibilité politique de se représenter et verra Jean-Claude Gaudin, l’actuel édile LR, lui succéder. Entre Defferre et Gaudin, ces deux barons locaux, il fera bien plus qu’assurer la transition.

Marianne : À la mort de Gaston Defferre, comment se passe la nomination de Robert Vigouroux à la mairie de Marseille ?

Michel Peraldi : Robert Vigouroux a été le maire des réseaux parisiens, de Mitterrand, d’Edmonde Charles-Roux (journaliste, romancière et veuve de Defferre, décédée en 2016, ndlr). Il est choisi un peu par défaut par une série de gens qui avaient conscience que le système politique local était au bout de ses possibilités, que la ville entrait dans une crise économique et sociale et qu’il fallait une alternative. Les politiques locaux étaient incapables d’assumer cela.

Il est celui qui a permis à l’Etat de revenir à Marseille, qui en avait besoin. Lorsqu’il disait qu’il était le maire d’Euroméd (Euroméditerranée, projet d’urbanisme du quartier de la Joliette lancé officiellement en 1995 et financé par les collectivités dont l’Union Européenne et l’Etat, ndlr), il avait raison et illustre parfaitement ce fait. Ce projet est celui de l’Etat.

Il a été un maire de consensus à une époque où il y en avait besoin.

Comment s’impose-t-il dans le contexte politique local pour devenir plus qu’un maire intérimaire ?

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Il a probablement été un grand maire de consensus. Dans l’histoire de la ville, il est le seul qui ait remporté tous les secteurs à une élection municipale (en 1989). Il est arrivé à transcender les notabilités locales.

Il avait pour lui un petit groupe de socialistes un peu usés par le système, peut-être aussi une partie de la droite qui en a profité pour se reconstruire sous son mandat. Il bénéficiait aussi des appuis de l’Etat et de toute une partie de la fonction publique. Pendant quelques années, toutes les administrations sur Marseille lui ont été très favorables.

C’était un maire très rationaliste, technocrate. Il filait souvent la métaphore médicale qui plaisait aux technocrates. Il déclarait: « Je vais soigner Marseille comme on soigne une tumeur au cerveau ». Il a été un maire de consensus à une époque où il y en avait besoin.

Defferre s’appuyait sur des réseaux clientélistes forts, comment Vigouroux se positionnait vis-à-vis d’eux ?

Robert Vigouroux était très lucide sur le fait que ces réseaux étaient le problème et il est passé par dessus en s’entourant de déçus du clientélisme. Ces gens là ont été pris dans l’illusion de penser qu’on pouvait bâtir une alternance technocratique, transparente et efficace au clientélisme.

Il s’est donc appuyé sur des réseaux nationaux. Sa campagne électorale de 1989 le montre. Edmonde Charles-Roux a orchestré une mobilisation nationale qui lui a permis de se donner une stature qu’il n’avait pas au niveau local.

Dans son bilan, on compte de grands projets comme le lancement d’Euroméditerranée, la création de la première métropole (Marseille-Provence Métropole). Que reste-t-il d’autre aujourd’hui ?

On lui doit la reconquête de l’espace public sur Marseille et le retour de l’Etat, qui avait quasiment disparu comme investisseur. Par exemple, sans lui, il n’y aurait pas un parking dans le centre-ville. Pour en faire à Marseille il faut soit les imposer par la force, soit négocier pendant 15 ans. Vigouroux a aussi commencé le travail de libération de l’espace sur le vieux Port dont on voit le bout aujourd’hui.

Plus contemporain, on a le Mucem, né de la volonté de l’Etat. Gaudin l’a géré mais Vigouroux l’a orchestré, comme Euroméditerranée d’ailleurs. Quand il disait que Gaudin reprenait tous ses dossiers, il avait absolument raison. C’est cependant plus l’Etat qui a fait, que Vigouroux lui-même.

Enfin, si à un moment Marseille a été une ville culturelle, c’est à lui qu’on le doit. Christian Poitevin, son adjoint à la culture, avait les mains libres et son soutien pour agir. Le couple a déclenché le peu de politique culturelle qu’il y a eu à Marseille en 60 ans. La friche de la Belle de Mai, c’est Poitevin par exemple.

« Vigouroux faisait beaucoup de technocratie et peu de théâtre. Il l’a payé »

Vous dites dans votre livre Gouverner Marseille que Vigouroux a voulu administrer sa ville en s’appuyant sur des techniciens et la société civile mais « avait fini par exaspérer tout le monde ». Vous le qualifiez même d’« ennemi de la scène politique locale »…

Ses qualités sont devenues des défauts. Il était tellement sûr de lui et de sa rationalité aménageuse qu’il n’écoutait personne. Il dédaignait et méprisait les notables locaux, les vieux caciques. En plus, il ne faisait aucun effort pour parler en public, faire des discours, dans une ville où il faut un coté théâtral pour exister politiquement. Sur ce plan, il était nullissime. Il faisait beaucoup de technocratie et peu de théâtre. Il l’a payé. En fait, il était l’antithèse complète d’un Gaudin.

Pourquoi ne se représente-t-il pas en 1995 ?

En 1995, il est fini politiquement. Pendant son mandat, la droite s’est reconstituée, Gaudin a récupéré les réseaux de Defferre.

Peut-on s’attendre à l’émergence d’une figure dans le style de Robert Vigouroux d’ici aux élections municipales de 2020 et la succession attendue de Jean-Claude Gaudin ?

C’est impossible à prévoir, il y a une telle conjonction de facteurs. Gaudin est aujourd’hui dans la position où était Defferre. Celle du maire qui refuse de se donner un héritier. Les gens comme eux ne conçoivent pas de se nommer un successeur, ce sont des chefs de bande qui prennent le pouvoir.

« Gaudin qui soutient Muselier, c’est un pendaison »

Pourtant, Renaud Muselier (président LR de la région PACA) est annoncé avec cette casquette d’héritier de Gaudin…

Il va soutenir Muselier de façon à lui mettre 2 kg de peaux de bananes dans les pattes. Ce n’est plus un soutien c’est une pendaison. Les gens comme lui sont des loups solitaires, ils arrivent au pouvoir et veulent y mourir. Gaudin m’a déjà dit qu’il rêvait de mourir assis derrière son fauteuil à la mairie. Il rêve de pousser le mimétisme avec Defferre à ce point.

Pour la succession, les choses dépendront de l’Etat, exactement comme après Defferre. C’est l’acteur politique clé de la ville, le premier employeur, aménageur et promoteur. Cela pourrait aussi dépendre de la métropole (Aix-Marseille Provence, née en 2014 de la fusion de 6 métropoles des Bouches-du-Rhône, ndlr) mais pour l’instant, elle n’a pas d’existence politique, seulement institutionnelle.

*Michel Peraldi, sociologue, directeur de recherche au CADIS, CNRS/EHESS, est co-auteur de « Gouverner Marseille, Enquête sur les mondes politiques marseillais » (La Découverte, 2005) et « Sociologie de Marseille (La Découverte, 2015).

Marseille : Jean-Claude Gaudin ne se représentera pas en 2020

à lire sur site du Point : https://www.lepoint.fr/politique/marseille-jean-claude-gaudin-ne-se-representera-pas-en-2020–27-06-2017-2138534_20.php, Source AFP


C’est un petit peu la fin d’une ère dans la cité phocéenne. Jean-Claude Gaudin, aujourd’hui âgé de 77 ans, maire (Les Républicains) de Marseille depuis 1995 et réélu en 2014 pour un quatrième mandat, a confirmé lundi dans La Provence qu’il ne se représenterait pas aux municipales en 2020. « J’ai donné toute ma vie à ma ville de Marseille mais il y a un moment où il faut s’arrêter. J’ai donc décidé que je ne me représenterai pas en 2020 », déclare-t-il dans cet entretien. « Que d’ici là mes amis se mettent d’accord sur un nom » pour lui succéder, ajoute Jean-Claude Gaudin.

Sa garde rapprochée éliminée aux législatives

Parmi sa garde rapprochée, Yves Moraine, président du groupe LR à la mairie qui se présentait pour la première fois aux élections législatives, a été éliminé dès le 1er tour dans la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône. Dominique Tian, premier adjoint LR de Jean-Claude Gaudin, qui se représentait dans la 2e circonscription, a également été battu par une candidate LREM. Jean-Claude Gaudin, qui est également président de la métropole Marseille-Aix-Provence avait déjà annoncé qu’il quitterait le Sénat le 1er octobre 2017 en raison de l’interdiction du cumul de mandats.

Mélenchon à Marseille, fin et suite ?

Article de Lisa Castelly pour Marsactu, lisible en ligne sur le site : marsactu.fr


Arrivé comme un boulet de canon pour le lancement de sa campagne législative dans la 4e circonscription, Jean-Luc Mélenchon a dû se construire, en quelques semaines, une posture et un discours adaptés à Marseille. Une rencontre pas toujours aisée entre l’homme à la parole nationale et une ville en quête d’attentions.

Jean-Luc Mélenchon en visite sur le port de Marseille. (LC)

Jean-Luc Mélenchon en visite sur le port de Marseille. (LC)

Sortie du métro Réformés, un soir d’été et de fin de campagne. Des bouts de papiers flottent au fil de la légère brise, suspendus à une corde à linge. Sur chacun d’entre eux, des passants ont inscrit leurs réflexions sur l’égalité hommes-femmes, à l’invitation de militants de la France insoumise. Tout autour, c’est l’heure de l’apéro insoumis, verres de vin et cacahuètes en main, les militants du centre-ville échangent sur la fin de cette campagne éclair de quatre semaines. Tout à coup, une bourrasque humaine emporte le petit rassemblement : Jean-Luc Mélenchon vient de faire son arrivée. Journalistes et badauds se pressent contre le candidat en quelques secondes. Une file d’attente se forme pour pouvoir poser à ses côtés. Dimanche, il saura s’il rentre à 65 ans pour la première fois à l’Assemblée nationale. L’issue du duel, face à la représentante du mouvement d’Emmanuel Macron Corinne Versini (lire son portrait), dictera son avenir politique.

En attendant, Mélenchon tente de satisfaire les multiples demandes de photo. “C’est du culte de la personnalité !”, ironise un militant qui s’est retrouvé dans la meute un peu par hasard. Dans un mouvement qui se revendique participatif et horizontal, l’arrivée du leader national dans la quatrième circonscription de Marseille a bouleversé l’organisation de ceux qui y militaient jusqu’ici. Une fois la foule dissipée, le candidat s’intéresse aux petits mots sur la corde à linge, issus du “porteur de parole”, une méthode de discussion spontanée pratiquée par les militants régulièrement. Un principe qu’il semble découvrir, avec curiosité. “C’est un vrai bonheur qu’il soit là. Enfin il y a de la lumière sur nous ! Mais ça a changé notre train-train, admet Alain, qui organise avec sa compagne des “mercredis insoumis” au cours Julien. On est passés de l’artisanat à des centaines de personnes à chaque événement, mais c’est normal. Tu ne vois pas Mélenchon essayer de convaincre 3, 4 personnes dans un dispositif de porteur de parole !”

Aux Réformés, les Insoumis organisent un “porteur de parole”, dispositif inspiré de l’éducation populaire. (LC)

Comme la plupart des Insoumis présents ce soir là, Alain a la frustration de ne pas avoir pu échanger réellement avec le candidat, mais comme tous les autres interrogés, il pardonne volontiers son agenda serré et le peu de temps qu’il a pu consacrer à la base militante locale. “Il est utilisé à tout, il est pressé comme un citron, on lui en veut pas”, résume un autre. Des membres de son équipe parisienne, installés à Marseille pour l’occasion, ont joué les intermédiaires au quotidien. Un peu secoués par le rythme d’une campagne d’ampleur nationale, les Insoumis marseillais, en ont pris leur parti

“Je ne viens pas pour m’occuper de vos poubelles”

Depuis l’annonce de son arrivée un matin à la radio, Jean-Luc Mélenchon a bousculé les habitudes des Insoumis marseillais, en même temps qu’il prenait la place des candidats investis, Gérald Souchet et Aurelia Fernandes. Il est arrivé avec tout son parcours politique, marqué par l’histoire et les traditions de la République. “Il a été formaté par les institutions, ce qui est particulièrement lié à son passage au gouvernement”, note Marie Batoux, conseillère des 2e et 3e arrondissements et ancienne membre du bureau national du parti de gauche. Les visites au préfet, à Jean-Claude Gaudin ou à la maire de secteur, Lisette Narducci, dès son arrivée ont fait toussoter plus d’un militant. Si son entourage s’en défend, il rencontre ainsi ce jour-là deux des meilleurs ennemis de Patrick Mennucci, son adversaire socialiste.

Lui se défend de tout calcul et préfère parler de visites de courtoisie. Avec le maire de Marseille qui pour lui incarne “plus qu’un homme de droite”, l’étiquette de sénateur les lie. Il lui a assuré qu’il ne débarquait pas pour juger des affaires municipales. “Je ne viens pas pour m’occuper de vos poubelles”, aurait-il affirmé dans le bureau du maire. Lui serait un député de la nation, “partout chez lui en France”, et pourquoi pas à Marseille, “une ville qui ne parle plus à la France”, insiste-t-il se posant ainsi en porte-voix exogène. À ceux qui l’interrogent sur ses parachutages récurrents, il resservira à l’envi son arrivée à Marseille depuis Tanger en bateau. “Nous sommes tous des parachutés”, sont invités à scander les militants dans ses rassemblements.

Cette justification devait aussi servir à s’extraire des questions purement locales. Il tombe une fois dans la carte postale un poil grotesque en proposant une bouillabaisse à Patrick Mennucci, sortant socialiste et victime collatérale. Lequel ne manquera pas de renvoyer le plat à la figure de celui qui veut “remplacer le PS”. Ses visites sont surmédiatisées et donnent parfois un caractère suspendu à son périple. Son passage au marché de Noailles le montre assailli par les demandes de selfies et d’autographes, coincés entre les caméras, sans possibilité de discussions réelles avec les habitants. L’homme dit détester l’exercice, symbole d’une forme d’intimité volée, mais s’y prête volontiers avant de filer prendre un taxi, une part de pizza de chez Charly à la main.

Aux Réformés, une file d’attente se forme pour poser avec le candidat. (LC)

Dans ce parcours, il consulte les locaux mais impose son agenda, entouré d’une petite équipe qui l’a suivi dans ce nouveau combat : attachée de presse, community manager, photographe, coordinateurs de la mobilisation et conseiller politique. Ce dernier, Bernard Pignerol, qui se présente parfois sous pseudo, est l’ancien président de la commission des conflits du PS qui a eu à gérer bon nombre de cas marseillais. Selon l’équipe de Patrick Mennucci, en cas de victoire lors des municipales 2014, le conseiller d’État était même promis à la direction générale des services de la Ville de Marseille. “Ça permet d’éviter les chausse-trappes”, sourit un militant. “Nous avons incité Jean-Luc Mélenchon à ne pas rentrer dans le marigot”, insiste sa suppléante Sophie Camard.

“Il s’est pris la réalité sociale et politique de Marseille en pleine gueule”

À ne pas vouloir s’y mouiller, sa campagne en vient à donner une impression de surplomb. Entouré de smartphones, le candidat ne voit pas grand chose de Marseille et le timing serré de la campagne y contribue. Trois jours par semaine, il reprend son costume de porte-parole national du mouvement pour soutenir des candidats partout en France avant de revenir dans ce qui pourrait devenir dimanche 18 juin sa circonscription. Mais son discours national, centré sur la riposte à Emmanuel Macron et ses ordonnances pour réformer le code du travail, ne suffit pas à faire résonner sa campagne locale. “On paie le contre-coup du clientélisme, affirme-t-il. On me demande un logement, un emploi alors que député, on ne peut rien faire pour des situations individuelles. Je me présente pour être le représentant de la nation, pas élu local. Les gens ont été tellement habitués à ce qu’on leur promette tout et n’importe quoi qu’il est difficile de faire entendre un programme national, force est de le constater.” Traduit par Sophie Camard, “il s’est pris la réalité sociale et politique de Marseille en pleine gueule”.

Alors, Jean-Luc Mélenchon, “qui apprend vite”, jure-t-on, va parler de Marseille, telle qu’il la comprend. Il est nourri par les notes que lui font passer les locaux et son équipe, s’aide aussi de quelques lectures. Des dîners et des rencontres thématiques lui permettent d’approfondir certains sujets. Sophie Camard, ex d’EELV lui fait rencontrer militants et sympathisants écolos, acteurs engagés de la cité. Le psychanalyste médiatique et auteur d’un documentaire sur son engagement politique Gérard Miller organise une rencontre sur la culture. Au bout de deux semaines de campagne, le candidat invite aussi la presse locale à un déjeuner informel dans un restaurant du Vieux-Port, probablement en vue d’apaiser ses relations avec des médias qui ont tendance à ne voir en lui qu’un parachuté. Au final, le néo-arrivant n’échappe pas à quelques clichés mais ne manque jamais d’ajouter un avertissement : “Je ne vais pas vous dire que je connais tout de cette ville, ce serait mentir.” Mais à chaque fois, il va prendre soin de glisser les quelques phrases à même de parler à ses interlocuteurs et plus généralement aux électeurs de gauche.

Le regard vers la mer

Vendredi 2 juin au matin, moment symbolique de son intégration express au territoire marseillais, Jean-Luc Mélenchon visite le port, escorté par la CGT. Une semaine auparavant, interrogé sur sa connaissance de la ville, il se défendait justement ainsi : “Le port, je peux vous en parler pendant des heures”. Cette visite, suivie par une bonne vingtaine de journalistes, est donc l’occasion d’en donner l’illustration. Dos à la gigantesque forme 10, l’ancien candidat à la présidentielle glisse dans sa conversation avec les syndicalistes des points de son programme pour l’économie de la mer, principal levier de la relance qu’il défend. Il évoque à plusieurs reprises le projet d’un lycée des métiers de la mer, dont il a lancé l’idée à l’époque où il était ministre délégué à l’enseignement professionnel. “Il y a 16 ans que je suis venu pour en parler, et il ne s’est rien passé depuis, peste-t-il pour mieux pointer les failles des politiques locaux. “On a ici une impression de désinvolture”, lâche-t-il, “personne ne s’en soucie”, ou encore “y a pas besoin d’être un grand stratège pour voir que quand on a la mer comme ça…” pour finir sur “que de bêtise, que d’abandon”.

La mer est ce qui capte l’attention de Jean-Luc Mélenchon à Marseille. “C’est de ce côté-là que je regarde, je suis en situation de complicité, confie l’enfant de Tanger, l’œil brillant dirigé vers les baies vitrées du J1. Après plus trois heures de visite, dont 30 minutes passées en huis clos avec les membres du syndicat, le leader de la France insoumise renonce aux grands discours. “C’est beaucoup de choses à intégrer pour moi, c’est un peu écrasant. Ça peut paraître évident mais ça ne l’est pas”, reconnaît-il en pointant l’expertise des ouvriers “amoureux” de leur port. Au passage, il reprend leur idée d’un centre de formation installé dans le hangar situé à l’extrémité du port. Jean-Luc Mélenchon est “une éponge“, dit-on dans son entourage. Parfois, son empathie vire à l’effet miroir, modelant habilement son discours à ses interlocuteurs.

Marseille “capitale de l’auto-organisation”

À Félix-Pyat le 4 juin, Jean-Luc Mélenchon, après avoir subi des jets d’œufs qui le dissuaderont de visiter la cité, explique avoir été marqué par sa rencontre avec un collectif de parents d’élèves du 3e arrondissement : “Je viens ici, je suis allé à la Belle-de-Mai. Je vois des choses dans ces quartiers que je n’ai jamais vues ailleurs. Il y a des quartiers en marge avec des milliers de gens qui vivent dedans. C’est 10 fois, 20 fois pire que ce que j’ai vu ailleurs en France. C’est l’état d’abandon de ces quartiers, ce qu’on me dit sur les écoles aussi, qui m’a frappé.” Quelques heures plus tard, Jean-Luc Mélenchon, qui sait adapter son discours aux quartiers et aux électeurs rencontrés, lance sur le Cours Julien : “Je veux faire de Marseille la capitale de l’auto-organisation, de l’auto-enseignement, de l’auto-construction.”

Derrière la formule de tribun, quelle place y prendra-t-il ? Réussira-t-il à faire de Marseille le “cratère” d’une société française éruptive, l’épicentre d’un mouvement social nouveau comme il le revendique ? Avec au mieux un ou deux députés marseillais élus dimanche soir, la ville ne sera en tout cas pas le repaire d’un futur groupe parlementaire. La tête de pont elle-même n’a pas fait recette dans la 4e circonscription. Jean-Mélenchon est certes en tête avec 34 % mais depuis la présidentielle, il y a perdu 7500 voix sur 16 000 et 5 points en pourcentage des exprimés. Sa présence n’a pas empêché la démobilisation et une abstention à 58 %, nourrie dans les quartiers populaires qu’il entend séduire.

“Si y a Sarah ou pas, ça change tout”, s’inquiétait-il d’ailleurs au soir du premier tour, en attendant le résultat définitif de Sarah Soilihi, finalement éliminée dans la 3e circonscription où le FN est arrivé en tête. Mélenchon tenait beaucoup à ce symbole dans les quartiers Nord. Après s’en être tenu à un “pas une voix pour Marine Le Pen” au second tour de la présidentielle, il voulait faire de sa porte-parole le meilleur argument du barrage au FN et prouver que la France insoumise pouvait porter les combats des quartiers populaires et faire reculer l’extrême-droite.

“Ça reste un score inédit pour nous. Sa présence a donné un coup de pied dans la fourmilière. Maintenant il faut construire une dynamique citoyenne forte pour prendre la Ville en 2020”, expose Marie Batoux. Kévin Vacher, sociologue et ancien militant du Nouveau parti anticapitaliste abonde : “Tout le monde est un peu dans le brouillard pour savoir qui va succéder à Gaudin. Mennucci viré, Jibrayel viré. Au PS, il ne reste plus que Ghali qui pose problème (sic). Il y a un espace, encore plus depuis la défaite d’Yves Moraine. Ce n’est pas Jean-Luc Mélenchon qui crée cet espace mais il nous permet de le prendre.”

Au soir du premier tour, Jean-Luc Mélenchon répond aux médias. (LC)

Effet bulldozer sur la politique locale

Élu ou pas, la sphère politique marseillaise ne donne pas cher des jours marseillais de Jean-Luc Mélenchon et dénonce le chaos électoral provoqué par son arrivée. “Il a assuré son élection, pour partir le 19 juin au matin à Paris”, raille le suppléant de la candidate LR, Gérard Chenoz. “La France insoumise a passé son temps à construire des frontières très étanches, qui ne leur permettent pas d’en sortir”, tance de son côté le chef du groupe socialiste au conseil municipal Benoît Payan, pour qui le mouvement, enfermé dans un “isolationnisme”, ne sera pas à même de prendre possession de l’espace laissé par la débâcle du PS marseillais.

Après avoir été éjecté de son siège dès le premier tour, Patrick Mennucci, qui n’a pas donné de consigne de vote pour le second tour entre la France insoumise et En marche, abonde sur la personnalité de Mélenchon. “Alors que son score à l’élection présidentielle aurait dû le conduire à être l’architecte de la gauche du 21e siècle, son sectarisme, son égocentrisme, sa volonté hégémonique l’en ont empêché. J’ai maintenant une certitude : nous ne pourrons pas construire la gauche de demain avec Jean-Luc Mélenchon. Il en est même un frein et un obstacle”, lâche-t-il dans un communiqué.Du côté des communistes locaux aussi, l’effet bulldozer de l’Insoumis parachuté laissera des traces, alors que dans la 7e circonscription, les scores cumulés du PCF et du candidat Insoumis, partis séparément, auraient pu permettre de passer la barre du premier tour, voire plus.

Candidat avant d’être délogé par Mélenchon, Gérald Souchet a aussi gardé une part d’amertume, tant sur cette arrivée brutale que sur sa manière de faire campagne : “Est-ce que la seule présence de Jean-Luc va suffire à faire rester les gens ? Ou est-ce qu’avec la dépression post-campagne les gens vont rentrer chez eux ? Lui-même on ne sait pas très bien son objectif. Avoir un local, ou rester à Paris, se disputer avec Pierre Laurent ?” Mélenchon corrige : Il va falloir que les Marseillais s’habituent à ce que je parle depuis Marseille à la France”. “On réfléchit à ce qu’il refasse des prise de parole dans la rue de temps en temps”, esquisse Marie Batoux.

Un air de déjà-vu

“Avant d’accepter de m’engager à ses côtés, j’ai obtenu des garanties pour la suite sur l’existence d’un siège ici de la France insoumise, sur des moyens”, assure pour sa part Sophie Camard. Pour cette économiste et ancienne chef de file de la Région coopérative, l’alliance EELV-Front de gauche des dernières régionales, “il y a un double enjeu : il faut parler à la petite classe moyenne intellectuelle qui est certes moins forte qu’ailleurs mais qui existe et n’a pas de représentation politique et construire les modalités d’un schéma d’alliance intellectuelle entre ceux-ci et les classes populaires. Pour cela, dès le 19 juin, il faut commencer la structuration de cette énergie.”

Formulé ainsi, le défi rappelle largement la tentative initiée, après d’autres du même acabit, autour de Pape Diouf aux municipales 2014, à laquelle participait Sophie Camard. Des militants issus de plusieurs familles de la gauche, dont de nombreux acteurs de la vie associative, intellectuelle et culturelle, s’étaient unis autour de l’ancien président de l’OM. À l’arrivée, la liste Changer la donne récoltera 5,6 % des suffrages sur la ville, avant de péricliter malgré quelques déclarations contraires. Malgré les divergences de vue – sur l’Europe, sur la vision jacobine des institutions… – beaucoup pensent avoir enfin trouvé le véhicule à même de propulser cette dynamique.

Ce même enjeu se posera crûment – et pas qu’à Marseille – pour un mouvement créé dans la seule perspective des échéances électorales de cette année, jusqu’alors fédéré par un but et un chef communs. Celui-ci a pour l’heure ménagé des espaces à des cultures politiques très diverses qui vont bien devoir trouver un modus operandi qui aille au-delà de la cohabitation. Mais avant ce chantier de taille, un échec au scrutin de dimanche verrait très certainement Jean-Luc Mélenchon regagner Paris, et laisser la gauche locale à son champ de ruines.